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Le poil du museau du loup

Dernière mise à jour : juin 26

texte inspiré par le conte "le cil du loup" dans le livre "Femmes qui courent avec les loups", de C. Pinkola Estès



le loup lui donne un poil de son museau, c'est pour qu'elle apprenne à humer, à sentir les bonnes, oui, les délicieuses odeurs du vaste monde, celles qui mettent en appétit ou donnent envie de courir par dessus les fleurs.

C'est aussi, il faut le savoir, pour sentir la puanteur, celle qui se cache derrière des faux-semblants. Oh oui, quand il lui donne un poil de son museau, c'est pour qu'elle montre les dents, qu'elle grogne et hérisse ses poils, qu'elle morde et morde sans lâcher, qu'elle morde de toutes ses dents aiguisées jusqu'à en avoir plein de sang noir et rouge qui gicle dans la bouche, qu'elle morde avec dureté et obstination jusqu'à ce que l'autre ait compris. jusqu'à ce qu'il sente la peur nouer son ventre de lâche, jusqu'à ce qu'il fuie la queue entre les jambes, jusqu'à ce qu'il sache son erreur. Jusqu'à ce qu'il comprenne ça au fond de sa chair mâchée sanguinolente meurtrie, parce que c'est la seule manière pour lui de comprendre, que plus jamais il ne pourra utiliser la femme sauvage comme son jouet sa chose, non plus jamais, sous peine de se trouver mordu jusqu'à l'os et jusqu'au centre de cet os, broyé réduit en miettes anéanti pulvérisé.

Oui, le loup lui a donné un poil de son museau.

Qu'on le sache : elle en fera bon usage.



Ensuite, elle reviendra à son antre, lèchera ses blessures et les rendra saines. Elle fera trois fois le tour d'un vaste feu de bois pétillant, elle hurlera à la lune, quand bien même celle-ci ne serait pas pleine, vraiment peu importe. La lune sera attentive. Elle hurlera toute sa force retrouvée et jusqu'au fond des grands bois, jusqu'au fond des marais et jusqu'au fond des ruelles des villes sombres, ce cri fera trembler les immondes, les putrides, les tentaculaires.

Entendez son cri, bonnes gens et soyez rassurés assurés qu'elle ne vous causera pas de tort. Ses dents acérées ne s'attaquent qu'à la pourriture qui va sur pattes contaminer le monde.

Lorsqu'elle aura hurlé à la lune, lorsque le monde l'aura entendue, elle attendra sereine la lumière de l'aurore pour courir au-dessus des fleurs, pour humer l'odeur de l'eau verte des marais, respirer l'humus des forêts, danser avec les biches et le vent et sentir sa propre sueur ruisseler le long de ses muscles tout neufs pour abreuver la terre de sa force de vie. Alors, vous le verrez, de nouveaux chemins apparaîtront sous ses pas.

Myriam G.







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